La Technique Alexander « à chaud ». Un stage d'été. Un conflit de famille. La technique Alexander dans une situation de vie.
- Célia Jurdant

- 19 mai
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 mai

«- Il nous tue."
— ces trois mots, prononcés à voix basse, contenaient des années de souffrance.
M. était venue pour sa voix qui vibrait trop et pour son corps trop tendu. Après une année de travail ensemble en ligne et en présence vint le stage d'été.
Le stage d’été est l’occasion d’aller plus en profondeur avec la technique Alexander, dans la continuité du travail de Marjorie Barstow, une professeur de renom dont l’originalité était de travailler surtout dans des groupes et dans les activités et les situations de vie que ses participants lui amenaient.
Ce jour-là, M. choisit de travailler sur le conflit avec son frère — un de ces conflits qui s'étendent sur des années et qui grignotent le moral, l’énergie, la voix et la santé.
Une histoire d'héritage, de pouvoir, de loyautés brisées.
Le moment du face-à-face :
J’ai proposé quelque chose de simple : un autre participant jouerait le rôle du frère, sans rejouer la scène, sans résoudre le conflit par les mots — mais pour voir ce qui se passe quand le déclencheur est là, présent, incarné.
Dès qu'il s'est avancé vers elle, c'est arrivé : l'effondrement, réel, visible et immédiat. Le corps a répondu avant même que la pensée ait eu le temps d'intervenir. C'est cela que la technique Alexander nous apprend à voir : la réaction habituelle, automatique, celle qui s'est construite dans la répétition de la douleur et qui se déclenche ensuite à la moindre stimulation.
Nous avons d'abord accueilli la réaction, l'émotion, les phrases qui remontaient, empreints d'impuissance, de colère et de tristesse.
Puis par le toucher et la présence au corps et aux ressentis, je la guide vers une autre version d’elle-même : centrée, entière, enracinée, libérant le souffle, redressant la tête. Elle arrive à peine à regarder son frère, mais petit à petit elle retourne dans sa force. De l’abattement elle passe au rayonnement.
Une image lui vient spontanément pour décrire l’expérience de se ressenti de puissance retrouvée : un arbre, illustrant parfaitement la dignité, le calme et la stabilité retrouvés.
À mesure qu'elle revenait à elle — à son alignement, à sa hauteur, à sa présence — le participant qui jouait le frère commença à reculer. Un pas. Puis un autre. Comme si la dynamique dans la pièce avait basculé sans qu'un seul mot d'explication ait été prononcé.
Il fini par disparaitre de la scène en s’enfermant dans les toilettes. Étonnement et rires du groupe.
Le participant lui-même, dans le rôle du frère, n'avait pas décidé de partir. Il suivit tout simplement son impulsion.
La présence pleine de M. était devenue insupportable pour celui qui l’instant d’avant avait besoin de dominer.
Quelques mois plus tard, M. me partage son bilan de l’année dont voici un extrait : «Découverte d'une force intérieure et ma capacité de l'utiliser quand nécessaire. Il y a encore du chemin mais la session de cet été sur mon frère m'a beaucoup aidée. Les arbres restent un élément clé dans ce que j'ai en tête dans les moments et les relations plus difficiles. »
"Ça ressemble à"
On me parle souvent des constellations familiales — ce qui vient de se passer leur ressemble, en surface, mais nous ne cherchons pas à comprendre le système familial. Nous avons travaillé sur quelque chose de plus immédiat : la qualité de présence de M. et la capacité de suspendre sa réaction initiale au déclencheur.
La technique Alexander, dans la tradition de Marjorie Barstow puis de Bruce Fertman ne traite pas les histoires. Elle travaille avec le moment présent — avec ce qui se passe maintenant dans l'organisation du mouvement, de la pensée et de la gestion des émotions in situ. Ce travail-là peut changer le cours d'une histoire, sans besoin de l'analyser.
Quand on cesse de réagir de façon habituelle à ce qui nous agresse, tout le scénario change.
Pas parce qu'on a compris quelque chose mais parce qu'on a incarné une autre version de nous-même.
"Entre le stimulus et la réponse, il y a un espace. Dans cet espace se trouve le pouvoir de choisir notre réponse.
Dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté." — Viktor E. Frank


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